Comment (re)lire le Capital aujourd'hui ? - Alain BIHR

Publié le 10 Octobre 2016

C'est sur la base d'un des plus brillants exposé qui soit qu'Alain BIHR nous prodigue ses conseils, ses raisons, mais aussi sa passion "énergique" et "éxaltée" concernant une oeuvre dont il démontre avec force et humour l'actualité.

A-  5 conseils de base
Ainsi vous y trouverez ses 5 conseils de bases sur la méthode indispensable pour (re)lire le Capital, que je vous résume ici:

1- "Pour lire le capital il faut... Lire le Capital !". En effet la tentation peut être grande de se contenter de résumés et de commentaires, mais Alain BIHR, son expérience à l'appui vous convaincra de la nécessité de "lire le capital par vous même";

2- "Pour lire le capital il faut... Lire TOUT le Capital !". Eh oui car le capital ce n'est pas que le livre 1 paru en 1867, mais également les livres 2, 3, et 4, parus tous après la mort de MARX. En effet, MARX lui même, insistait sur le fait que le Capital était "un tout artistique", un "ensemble dialectiquement ordonné". Ainsi le meilleur moyen de faire des contre-sens ou de ne pas comprendre le cheminement serait de se contenter de "morceaux de choix"...
3- "Pour lire le capital il faut... suivre la logique interne du Capital !". Car le capital suit une logique que MARX à exposé longtemps avant sa rédaction (dés 1857-58) et qui explique en partie l'ordre inverse entre la rédaction par MARX des manuscrits et l'ordre des trois (quatre) livres. En effet la "démarche d'analyse" qui fut celle de MARX est inverse de la "démarche d'exposition" que rencontre le lecteur. Ainsi MARX nous invitera à "nous élever [NdJO:progressivement] de l'abstrait au concret"... passer de la "forme générale" à la "forme particulière", des "parties" vers "le tout". Le capital étant en fait une phénoménologie de la valeur, qui nous amménera de la marchandise (porteuse déjà d'un caractère fétiche) vers les formes les plus fétichisées tel que le capital fictif.

4- "Pour lire le capital il faut... avoir à l'esprit que le Capital est une oeuvre inachevée !". La rédaction du capital trouve ses origines dans l'arrivée de MARX en 1850 à LONDRES, à deux pas du British Muséum, d'où MARX lira tous les économistes. Il avait certes déjà débuté des travaux d'économie dont on trouve la trace dès les manuscrits économico-philosophique de 1844. Cependant MARX n'achévera de son vivant que le Livre 1 paru en 1867. C'est ENGELS qui devra achever les Livre 2 (en 1885) et 3 (en 1894) sur la base des multiples manuscrits laissés, et en rédigeant des passages que MARX n'avait pu lui même achever. Enfin le Livre 4 sera publié par Karl KAUTSKY, sous le titre de théories de la plus-value, entre 1905 et 1910 sur la base de manuscrits des années 1860.

L'inachévement est même double, car non seulement le capital est inachevé, mais en plus le capital faisait parti d'un projet encore plus vaste, de fait lui aussi inachévé. Ce vaste projet devait comprendre 6 volets (si l'on se réfère à la préface de la contribution à la critique de l'économie politique de 1859):

1- Capital;

2- Propriété foncière;

3- Travail salariés;

4- Etat;

5- Commerce extérieur;

6- Marché mondial.

Ainsi pour vraiment comprendre tout ce qui fait la richesse du Capital, il faudrait également envisager de s'interesser aux 5000 autres pages qui tournent autour du Capital (lui même 4000 pages si on compte les 4 livres), et qui sont progressivement publiée par la MEGA (en allemand) puis ensuite traduit par la GEME (en français).

La bonne nouvelle étant que "la véritable compréhension du Capital est encore devant nous !"

5- "Pour lire le capital il faut... comprendre le sens du sous-titre: critique de l'économie politique". Alain BIHR nous propose alors 3 sens possible (c'est un des moments parmi les plus forts de la conférence):

1- Le Capital est une critique des insuffisances des économistes et de l'économie politique;

2- Le Capital est la critique d'un "monde à l'envers" dans lequel les producteurs sont dominés par leur production qui vit elle même de leur sang: "le capital c'est le Vampire ! c'est ce corp mort qui vit en pompant sans cesse le sang humain !"

3- Le Capital c'est le projet de la fin de "cette merde" [le mot est de MARX] qu'est l'économie. Le projet d'une société qui met fin au règne de la nécéssité et de la rareté: le projet de la société d'abondance.
 

B- 2 Raisons majeurs de (re)lire le Capital

1- Le Capital reste une oeuvre méconnue à (re)découvrir

Alain BIHR précise même que les 3 années nécessaires à ce travail sont le raccourcie le plus considérable [NdJO:je confirme totalement !] que l'on puisse prendre: "ce sont trois années de gagnées !" à ne pas lire d'autres imbécilités, à ne pas avoir par la suite à lire d'imbécilités, et aussi car c'est le chemin le plus direct à la compréhension des structures de notre monde.

2- Le Capital est une oeuvre plus actuelle que jamais

En dépit de son inachévement (a) le Capital pose les structures des rapports capitalistes de production et donne les élèments permettant de les "dynamiter" dès lors qu'une force consciente s'en emparre.

Enfin Grace à son inachévement (b), le Capital ayant en effet imprimmé sa domination sur toutes choses, on en arrive à voir que le monde décrit par MARX est en fait bien plus proche de celui de notre propre époque que de la sienne. Ainsi l'inachévement évite de bloquer historiquement cette oeuvre et lui permet de se bonifier, de prendre en réalité à mesure que le Capital achève d'étendre son influence sur toutes choses de ce monde.

Conclusion:

Cette conférence doit sonner pour vous, comme ce le fut pour moi, le signal de départ d'une étude passionante qui vous poussera nécessairement aussi à l'action réelle. Celle dont MARX disait qu'elle était la clef du bonheur: "La LUTTE !"


NB: pour franchir le cap nous vous recommandons la toute nouvelle version du livre 1 du capital,  aux éditions sociales (sortie en ce même mois d'octobre 2016). voir ici: http://www.editionssociales.fr/index.php?option=com_content&view=article&id=503:karl-marx-le-capital-livre-i-le-developpement-de-la-production-capitaliste-2016&catid=50:les-nouveautes&Itemid=111

Comment (re)lire le Capital aujourd'hui ? - Alain BIHRComment (re)lire le Capital aujourd'hui ? - Alain BIHR
Repost 0
Commenter cet article