(Les apostilles -n°1) à propos de "l'histoire de la mondialisation capitaliste" T1 de Edouard DESCOTTES

Publié le 15 Avril 2017

(Les apostilles -n°1) à propos de "l'histoire de la mondialisation capitaliste" T1 de Edouard DESCOTTES

     Cette première « apostille » (" Petite note marginale ajoutée à un écrit pour l'éclairer, le critiquer ou le rectifier. ") a pour objet le sensationnel petit ouvrage de synthèse de Édouard DESCOTTES intitulé Histoire de la mondialisation capitaliste [noté « Hmc.1 » pour la suite] (édité chez Les bon caractères, 3ème édition paru en 2014). Cette première note sera centrée sur le premier tome qui se consacre en moins de 120 pages à la période allant de 1492 à 1914.

     Signalons de suite que ce petit ouvrage, très facile à lire et à appréhender, présente avec clarté et simplicité les éléments essentiels, pour ne pas dire incontournables, dans la formation de tout citoyen ou militant. Cependant, autant le signaler de suite, il sera utile de compléter son point de vue assez largement « occidentalo-centré » par la découverte et la lecture des ouvrages exposant les autres points de vue (par exemple pour l’Amérique Latine le fameux ouvrage de Eduardo GALEANO, les veines ouvertes de l’Amérique Latine, disponible dans la collection Pocket pour 8.5€). On complétera utilement toute la partie consacrée à la colonisation par le visionnage de cette excellente conférence d’Alain RUSCIO intitulée « pour une histoire réelle du colonialisme » (https://vimeo.com/193511312)

     L’Hmc.1 est découpé en 2 gardes partie présentant premièrement « l’amorce de la mondialisation » capitaliste moderne, puis ensuite les grands traits caractéristiques de « la première mondialisation (1880-1914) » capitaliste. Insistons ici sur le fait que la « mondialisation » est en soit un processus qui dépasse largement le seul capitalisme, et parcours en fait l’histoire humaine dans son entièreté. Cependant l’ère capitaliste, avec ses traits caractéristiques engendre une accélération du phénomène et une amplification de ses effets.

     Le terme de « mondialisation », seul, n’apparait qu’en 1953 pour parler d’abord des seuls conflits militaire, et sera étendu dans les années 1960 pour y inclure les migrations humaines, et bien sur les échanges marchands dont MARX parlait dès le manifeste du parti communiste (1848) sous le nom du « marché mondial ».

     L’amorce de la mondialisation capitaliste (cf. 1ère partie) est rendu possible par le lent développement d’un capitalisme marchand et usuraire en Europe. Il impulse les premières expéditions à but marchand des portugais, dès 1415, pour trouver la route maritime des Indes et qui leur permet d’atteindre le cap de bonne espérance en 1487. Christophe COLOMB est le produit de son temps :

     « Pour que COLOMB existât, il avait fallu que la renaissance commençât en Italie (COLOMB est génois – il a peut-être vécu en Corse génoise), que Marco POLO fît son voyage et dictât son livre, quel le Portugal eût commencé ses méthodiques explorations et que le problème de la « route de l’ouest » enfiévrât Lisbonne, que les royaumes d’Espagne en voie d’unification brûlassent de rattraper leur voisin dans la conquête des voies du commerce international ; il fallait que l’imprimerie eût été inventée ; que, dans les États en cours de centralisation politique, la relève de la science gréco-arabe, en particulier de la cosmologie, fût en cours. »(Michel LEQUENNE cité dans l’Hcm.1).

     Dès les lendemains de la découverte en 1492, de ce qui s’avéra plus-tard être un nouveau continent, la déferlante en vue de la conquête des nouveaux mondes se déchaina. Il ne fallut pas plus de 50 années pour que les conquistadores, par la maladie, les massacres, la désorganisation des systèmes économiques et sociaux, les famines, les mauvais traitements et l’exploitation esclavagistes des populations autochtones, etc., anéantissent les principales civilisations de l’Amérique (Aztèques, Incas, etc.). En 150 ans de 90% la population autochtone du nouveau monde avait été anéantie, causant un effondrement démographique « sans précédent dans l’histoire de l’humanité. Ainsi pour le seul Mexique entre 1519 et 1640 la population « indienne » serait passait d’environ 25 à seulement 1 million d’habitants. On retrouvera un tel choc au moment de la nouvelle vague de colonisation du 19ème siècle qui se concentre particulièrement entre 1880 et 1914, mais où les massacres, les famines et les mauvais traitement prennent le pas sur les maladies, entrainant pas moins de 50 à 60 millions de victime, dont la moitié pour les seules « Indes-britanniques » (Aujourd’hui Indes, Pakistan, Bengladesh, Birmanie, Sri Lanka, etc.), que l’auteur n’hésite pas à mettre en rapport avec le nombre de victime de la seconde guerre mondiale.
    

(cliquez et voyagez dans cette carte du 19ème siècle)

(cliquez et voyagez dans cette carte du 19ème siècle)

     Cette mondialisation c’est aussi des échanges humains, avec les migrations des européens, mais aussi les migrations forcées avec la traite des noirs tant vers l’Amérique que vers l’Asie et le moyen orient (la traite orientale en partance de Zanzibar aurait concerné 17 millions d’esclaves noirs entre le 7ème et le 19ème siècle). Sur place les colons majoritairement masculins (et même exclusivement dans les débuts de la colonisation portugaise) mènent à des métissages plus ou moins « volontaires »…

     Les pillages et échanges de marchandises sont également caractéristiques  de cette amorce de la mondialisation. Or, argent, épices puis sucre (la Cannes à sucre est originaire de Nouvelle Guinée en Océanie), Café, Tabac, coton, fourrures, bois spéciaux, indigo et en provenance d’Asie les porcelaines, soies, « indiennes » sont les principales marchandises échangées (en dehors des « esclaves ») contre du vin, des textiles, de l’huile, du papier et des outils ou produits de la métallurgie en provenance d’Europe. Ce sont principalement alors des biens de luxe puis peu à peu des matières premières visant à être transformée en Europe (Coton…) qui font l’objet des convoitises commerciales.

    Les échanges engendrent, nécessitent, et permettent un immense brassage des informations, des idées (imprimerie, encyclopédie), des cultures (Naissance de l’étude des langues et de l’anthropologie, langues créoles, diffusion de la culture européenne, christianisation, etc.), mais aussi  de la faune (cheval, cochons, vaches moutons domestiqué en Europe sont répandus sur tout le globe) et de la flore (Cannes à sucre, café d’Arabie ou d’Éthiopie, cerisiers d’Asie, pomme de terre, Tomates, maïs et manioc d’Amérique, agrumes, etc., on parle de « révolution verte »).

     La mondialisation du 19ème siècle est caractérisée en partie par l’hégémonie britannique qui sera progressivement, et de plus en plus, contestée jusqu’à 1914. L’indépendance des 13 colonies américaines (1781) est l’exception dans cette hégémonie. La livre-sterling sert de monnaie international dans un système d’Étalon-or, les cours mondiaux de nombreuses marchandises se fixent à la bourse de Londres, la marine Britannique domine le monde depuis sa victoire sur la flotte française à Trafalgar (1805), l’empire colonial britannique (en incluant les dominions tel que le canada) représente avant 1914 60% des terres colonisées (18% pour la France qui arrive en deuxième position).

     Le 19ème siècle est aussi marqué par la révolution industrielle (qui démarre en 1780 en Angleterre et bien plus tard ailleurs), la révolution dans les transports (trains, bateaux à vapeur, transports frigorifiques, Canal de SUEZ, transsibérien, etc.), dans les communications (télégraphes, téléphone, etc.), mais également la révolution scientifique (évolution DARWIN, Nucléaire EINSTEIN & SLODOWSKA-CURIE, Tectonique des plaques de WEGENER, La génétique de DE VRIES, etc.). Le capitalisme s’étend progressivement à tous le globe, et avec les premières grandes concentrations financière et les premiers conglomérats (Général électric, Krupp, Le comité des forges –qui donnera naissance à « l’Europe » moderne, cf. Lacroix-Riz – etc.), dessine déjà la carte toujours en grande partie valable de la Division internationale des processus productifs, avec des spécialisations internationales plus ou moins contraintes et (dés-) avantageuses. Pour reprendre le mot de MARX, le capital arrive en « suant le sang et la boue par tous les pores » (La Capital, livre I, chapitre 24 sur la « prétendue accumulation initiale », 1867). On regrettera, à la marge, que les révolutions politiques soient inégalement mises en relief bien que clairement en rapport ou causés par ce processus de mondialisation : bien que parfois évoquées transversalement, elles auraient sans doute mérité une petite sous partie.

     La mondialisation du capitalisme c’est également la résistance à ce dernier marquée par des aspects réactionnaires, comme la montée des nationalismes, de la xénophobie, et des racismes, mais aussi la résistance à la colonisation (ABD-EL-KADER en Algérie, etc.) et les luttes anti-coloniales (HO-CHI-MINH, ou GANDHI), ainsi que l’apparition d’un mouvement ouvrier lui aussi international.

     Notons pour finir un focus passionnant sur la mondialisation par le sport ou nous est rappelé ce paradoxe relevé par Thierry TERRET : « le sport est l’une des formes les plus visible de la mondialisation et, contradictoirement, un haut lieu de résistances de pratiques régionales ».

     Ce survol ne fait qu’effleurer la richesse de ce petit ouvrage indispensable qui se lit, qui plus est, presque comme un roman (noir …).

Alain RUSCIO « pour une histoire réelle du colonialisme », Sorbonne, 2016.

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